En 2006, Mademoiselle K, emmené par la curieuse Katerine Gierak, nous livrait son premier album Ca me vexe, avec plein de bon rock dedans, mais aussi des petites chansons douces mais néanmois mélancoliques, où ils (parce que oui, Mademoiselle K c'est un groupe avant tout) nous exposaient l'amour mais surtout la rupture et la haine (Crève ou Le cul entre deux chaises). Katerine, auteur des textes, avait un peu la rage.
Alors pour canaliser tout ça, et pour crier au monde son dégout des mecs, ils ont fait des concerts. Plein. Et en live, ça donnait bien. Comme on dit, ça envoie du bois. Bien que finalement peu médiatisées, les dates font salles combles et se jouent à guichets fermés. Katerine, loin d'être à l'aise dans son rôle de leader du groupe a la particularité de très peu parler au public mais elle essaie. Ca la rend même touchante. Au milieu de ces tonnes de dates, dans leurs ventres, un deuxième album. Il s'appelle Jamais la paix. J'ai attendu ces nouvelles chansons avec la curiosité et l'impatience de quelqu'un qui ne peut guère se passer de Ca me vexe.

A la première écoute, une constatation, le son est différent. C'est plus sombre, plus saturé, les paroles sont débitées très rapidement (une rappeuse née Katerine ? En live cependant, ça rend le tout un peu incompréhensible, pour un peu que l'acoustique de la salle soit pas terrible). Le vent la fureur, premier titre annonce la couleur, ça envoie, c'est agressif. Là où certaines chansons de Ca me vexe avait encore une légère odeur de pop, ce titre est définitivement rock. Alternant gros son et mélodies plus calmes, les paroles font mouche. Le titre éponyme Jamais la paix et son gimmick présent aussi dans ASD (la la la la la), est un appel à l'arrêt des prises de têtes. Positif ? "Cherche pas le paradis, c'est bruyant, vidant mais putain on est vivant". Des blessures à peine masquées dans Maman XY, l'absence du père ("Papa il a abandonné"), se découvrir, se connaitre, la quête de l'identité dans une famille monoparentale. Mais Katerine sait encore parler d'amour. Par contre, un amour nostalgique dans Pas des carrés. Moins de haine, moins de rancoeur, presque de la douceur "C'est pas des carrés, pas des losanges, pas des conneries, tu me manques". Ah on est loin de "Va-t-en, crève, tu mérites même pas l'enfer". Même si la haine est moins présente, on sent malgré tout que le côté dark de la chanteuse n'est pas bien loin, comme en atteste le titre Je dessine ("c'est mon ventre qui saigne, qui sécrète des images..." "je dessine jusqu'à la prochaine feuille, j'attends que passe le deuil"). Pas la joie ! Elle assume aussi son côté garçon manqué sur Enjoliveur, jolie métaphore filée sur le thème de l'univer automobile. Faut oser. Dernière note de douceur surprenante avec la reprise d'un bout de Jamais la paix en piano/voix.

Dans l'ensemble, c'est un album assez équilibré entre gros son (Jamais la paix, Le vent la fureur, Espace) et titres plus intimes, plus sombres (Maman XY, Alors je dessine) qui emmène l'auditeur dans un univers particulier et surprenant. Mademoiselle K est peut être un poil plus sereine ou moins énervée, mais on ne sait pas si elle trouvera la paix. A voir en live.